En juillet 2021, Stéphane Nakache, patron du bistrot tourangeau La Table de Justine à Tours, fait une découverte glaçante au petit matin. Sa note Google vient de passer de 4,5 à 3,2 étoiles en une seule nuit. Vingt-deux avis négatifs ont été publiés simultanément par des personnes qui n'ont jamais mis les pieds dans son restaurant.
L'attaque coordonnée
Le restaurant, qui accueille environ 30 couverts par service en été, reçoit habituellement un ou deux avis en ligne tous les quinze jours. Cette nuit-là, 22 commentaires négatifs tombent d'un coup — un volume sans précédent qui ne laisse aucun doute sur la nature coordonnée de l'attaque.
Le suspect principal : un ancien employé récemment licencié, agissant par vengeance. Les comptes utilisés présentent les caractéristiques classiques des faux profils : peu ou pas d'historique, aucune autre activité de critique.
« D'habitude, j'ai un ou deux commentaires tous les 15 jours. Là, en une nuit, j'en ai eu 22 négatifs. »
— Stéphane Nakache, France 3 Centre-Val de Loire
50 000 euros de pertes
L'effondrement de la note a un impact immédiat sur la fréquentation. Stéphane Nakache estime la perte à 40 000 à 50 000 euros de chiffre d'affaires. Il tente de contacter Google pour faire supprimer les avis frauduleux.
« J'ai répondu et puis j'ai essayé de contacter Google pour que les avis soient effacés, mais c'est très compliqué. »
— Stéphane Nakache
Deux ans pour se reconstruire
Il faudra un an pour que le restaurant retrouve une note de 4 étoiles, et deux ans pour atteindre 4,2. Deux ans après l'attaque, certains faux avis sont encore visibles en ligne.
En août 2023, Stéphane Nakache témoigne au journal de 20 heures de France 2, puis sur France 3 Centre-Val de Loire. La couverture médiatique déclenche un élan de solidarité et la note remonte enfin à 4,5.
Il dépose également une plainte pour harcèlement.
Ce que cette affaire révèle
Le cas de La Table de Justine illustre une réalité terrifiante : une note Google peut être détruite en quelques minutes, mais il faut des années pour la reconstruire. Le coût n'est pas seulement financier — c'est aussi le moral d'un chef et de son équipe qui est touché. Et les plateformes, malgré des mécanismes de signalement, restent largement passives face aux attaques coordonnées.