Mathias Danjou tient La Salle à Manger, au 193-195 rue Gallieni à Boulogne-Billancourt, depuis le 31 décembre 2010. Décor vintage et industriel, ambiance loft new-yorkais, expositions mensuelles de pop art. Il gère l'établissement avec sa femme Laurence. Référencé au Guide Michelin et au Gault & Millau.
Un restaurateur qui ne se tait pas
Danjou n'en est pas à son premier coup médiatique. En janvier 2020, pendant les grèves de la RATP contre la réforme des retraites, il avait perdu plus de 29 000 euros avec une chute de 40 % de sa clientèle. Il avait alors posté une annonce sarcastique sur LeBonCoin, proposant d'échanger son restaurant (estimé à 650 000 euros) contre un poste à la RATP. L'histoire était devenue virale.
Il s'était arrêté de se payer pour continuer à rémunérer ses employés, et payait 120 euros d'Uber par soir pour ceux qui ne pouvaient plus prendre les transports.
Le passage sur BFMTV
En août 2021, alors que la France met en place le pass sanitaire obligatoire dans les restaurants, Danjou accepte de témoigner sur BFMTV en faveur du dispositif et de la vaccination du personnel de restauration. Toute son équipe s'était d'ailleurs volontairement fait vacciner le même jour.
La riposte est immédiate :
« Cinq minutes après avoir quitté le plateau, alors que je montais dans un taxi… mon téléphone s'est mis à signaler des notifications. Des avis négatifs pleuvaient sur mon restaurant. »
— Mathias Danjou, L'Hôtellerie Restauration, août 2021
Les faux avis
Des avis 1 étoile sans commentaires, conçus pour faire chuter la note Google. Et des avis avec des textes ouvertement moqueurs :
- « Très déçu, le vin avait un goût de Pfizer »
- « C'est du surgelé »
- « Lamentable, à fuir »
- « Un restaurant de bobos et un patron arrogant »
Un « client » imaginaire se plaint de la qualité de la nourriture… alors que le restaurant est fermé depuis début août.
Un phénomène de masse
Danjou n'est pas le seul visé. Dans la même période, Stéphane Turillon, de l'Auberge de La Source Bleue dans le Doubs, reçoit plus de 200 faux avis négatifs alors que son restaurant est fermé. Stéphane Manigold, qui possède plusieurs restaurants parisiens, voit des attaques coordonnées frapper tous ses établissements simultanément.
« Google est devenu le "mur des cons" pour les restaurateurs qui s'engagent. »
— Stéphane Manigold
Ce que cette affaire révèle
L'affaire Danjou est le cas d'école de la weaponisation des avis en ligne. Les faux avis ne servent plus à évaluer une expérience culinaire — ils servent à punir des prises de position politiques. Quand un restaurateur ne peut pas s'exprimer publiquement sans risquer la destruction de sa note Google, c'est la liberté d'expression elle-même qui est en jeu.