Le 21 mars 2024, France 2 diffuse dans son émission Envoyé Spécial un reportage de quatre minutes intitulé « Manon Fleury, une cheffe qui fait mouche ». On y découvre Datil, son restaurant du Haut-Marais ouvert en septembre 2023, qui vient de décrocher une étoile Michelin. Sa particularité : une brigade de cuisine quasi exclusivement féminine, avec cinq co-cheffes — toutes des femmes.
Un parcours hors norme
Manon Fleury est une ancienne escrimeuse de haut niveau reconvertie en cuisine. Formée à l'Astrance à Paris et au Blue Hill at Stone Barns à New York, elle co-fonde en 2021 l'association Bondir.e, qui regroupe une vingtaine de cheffes luttant contre les violences et le harcèlement sexuel en restauration.
Dans le reportage, elle affirme :
« On a envie de mettre des femmes à des postes à responsabilités, parce que, à notre sens, c'est comme ça que notre métier va évoluer. »
— Manon Fleury, Envoyé Spécial, France 2
« Dans la restauration, #MeToo n'est pas arrivé. »
— Manon Fleury
La déferlante
Un extrait du reportage est partagé sur X (ex-Twitter). La réaction est immédiate et violente. Des internautes, hostiles à ce qu'ils perçoivent comme de la « discrimination positive », inondent la page Google de Datil de faux avis négatifs. Les auteurs n'ont jamais mis les pieds dans le restaurant — il s'agit d'une attaque coordonnée, idéologique, sans aucun lien avec l'expérience culinaire.
Google finit par supprimer les avis haineux. Le Fooding publie un communiqué de solidarité, qualifiant ces attaques de « pratique punitive » visant à faire taire les femmes dans le métier.
Ce que cette affaire révèle
Le cas de Manon Fleury illustre une dérive particulièrement inquiétante : les avis en ligne ne servent plus à évaluer une expérience, mais à punir des prises de position publiques. Quand un restaurant peut être ciblé pour les convictions de sa cheffe plutôt que pour sa cuisine, le système d'avis a perdu toute légitimité.